Texte B : Alfred de MUSSET, Les Caprices de Marianne, Acte I, scène 1, 1833.

ACTE I, scène 1
Une rue devant la maison de Claudio

MARIANNE, sort de chez elle, un livre de messe à la main. CIUTA, une vieille femme, l'aborde.
CIUTA.
Ma belle dame, puis-je vous dire un mot ?
MARIANNE.
Que me voulez-vous ?
CIUTA.
Un jeune homme de cette ville est éperdument amoureux de vous ; depuis un mois entier, il cherche vainement l'occasion de vous l'apprendre. Son nom est Cœlio; il est d'une noble famille et d'une figure distinguée.
MARIANNE.
En voilà assez. Dites à celui qui vous envoie qu'il perd son temps et sa peine, et que, s'il a l'audace de me faire entendre une seconde fois un pareil langage, j'en instruirai mon mari.
Elle sort..
CŒLIO, entrant
Eh bien ! Ciuta, qu'a-t-elle dit ?
CIUTA.
Plus dévote1 et plus orgueilleuse que jamais. Elle instruira son mari, dit-elle, si on la poursuit plus longtemps.
CŒLIO.
Ah ! malheureux que je suis, je n'ai plus qu'à mourir. Ah ! la plus cruelle de toutes les femmes ! Et que me conseilles-tu, Ciuta ? Quelle ressource puis-je encore trouver ?
CIUTA.
Je vous conseille d'abord de sortir d'ici, car voici son mari qui la suit.
Ils sortent. Entrent Claudio et Tibia
CLAUDIO.
Es-tu mon fidèle serviteur ? Mon valet de chambre dévoué ? Apprends que j'ai à me venger d'un outrage.
TIBIA.
Vous, Monsieur !
CLAUDIO.
Moi-même, puisque ces impudentes guitares ne cessent de murmurer sous les fenêtres de ma femme. Mais, patience ! tout n'est pas fini. Ecoute un peu de ce côté-ci : voilà du monde qui pourrait nous entendre. Tu m'iras chercher ce soir le spadassin2 que je t'ai dit.
TIBIA.
Pour quoi faire ?
CLAUDIO.
Je crois que Marianne a des amants3.
TIBIA.
Vous croyez, Monsieur ?
CLAUDIO.
Oui; il y a autour de ma maison une odeur d'amants; personne ne passe naturellement devant ma porte; il y pleut des guitares et des entremetteuses.
TIBIA.
Est-ce que vous pouvez empêcher qu'on donne des sérénades à votre femme ?
CLAUDIO.
Non, mais je puis poster un homme derrière la poterne et me débarrasser du premier qui entrera.

1. dévote : qui remplit avec exactitude et zèle ses devoirs religieux.
2. spadassin : homme d'épée, assassin à gages.
3. amants '. amoureux.


Commentaire

Vous ferez le commentaire du texte de Musset (texte B).

[voir le sujet d'annales complet]

La carte d'identité du texte

L’objectif sera de dégager les éléments principaux sur lesquels vont s’appuyer le commentaire.

  • Le genre : théâtre. Scène d'exposition. Il faut donc en repérer toutes les caractéristiques (vous devez avoir un cours sur ce sujet). 
  • Types de texte : narratif pour résumer l'histoire.
  • Enonciation : il y a à analyser les tours de paroles, la succession des dialogues. Quel est leur rôle ? L'analyse des répliques permet de définir le caractère des personnages et des indices donnent les rôles de chacun ("serviteur", "mari" etc.). 
  • Contexte général : Alfred de Musset est un auteur du XIXème siècle qu'on rattache au Romantisme. Le titre de la pièce "Les Caprices de Marianne" donne une indication sur ce que sera le développement de la pièce.  
  • Les thèmes : tous les thèmes qui posent une intrigue (la séduction, la suspicion d'un adultère, la jalousie, la vengeance....).
  • Séquence de l’année à laquelle renvoie ce texte : « le théâtre ». Remobilisez les connaissances afférentes à ces cours, et notamment le vocabulaire technique. On n'oubliera pas non plus le rôle que joue la double énonciation : les personnages échangent entre eux mais s'addre aussi au public/lecteur.  
  • Structure : ce passage présente 6 personnages en faisant se succéder 3 dialogues. Quel est l'effet produit par ce rythme ?        
Voici quelques pistes à approfondir et qui peuvent conduire à établir des axes de lecture et une problématique. Pour l'analyse détaillée, je vous renvoie à la fiche méthode « Commentaire composé ».

Bon courage,