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mercredi, janvier 28 2009

EAF 2007 Centres étrangers - Série ES/S


2007 CENTRES ÉTRANGERS
SÉRIE ES /S

 

Objet d'étude : Convaincre, persuader, délibérer.

Textes : 

Texte A : La Bruyère, Caractères, « De l'homme », XI, n° 128, 1688.
Texte B : Fénelon, Lettre à Louis XIV, 1693.
Texte C : Victor Hugo, Discours à l'Assemblée, 30 juin 1850.
Texte D : Arthur Rimbaud, Poésies, « Les Effarés », édition posthume de 1895 (texte composé en 1870).
Texte E : Emile Zola, L'Assommoir, 1877.

 

Texte A : La Bruyère, Caractères, « De l'homme », XI, n° 128, 1688.

   L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine, et en effet ils sont des hommes ; ils se retirent la nuit dans des tanières où ils vivent de pain noir, d'eau et de racine : ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé.

 

TEXTE B - Fénelon, Lettre à Louis XIV, 1693.

  Le peuple même (il faut tout dire), qui vous a tant aimé, qui a eu tant de confiance en vous, commence à perdre l'amitié, la confiance, et même le respect. Vos victoires et vos conquêtes ne le réjouissent plus ; il est plein d'aigreur et de désespoir. La sédition1 s'allume peu à peu de toutes parts. Ils croient que vous n'avez aucune pitié de leurs maux, que vous n'aimez que votre autorité et votre gloire. Si le roi, dit-on, avait un cœur de père pour son peuple, ne mettrait-il pas plutôt sa gloire à leur donner du pain, et à les faire respirer après tant de maux, qu'à garder quelques places de la frontière, qui causent la guerre ? Quelle réponse à cela, Sire ? Les émotions2 populaires, qui étaient inconnues depuis si longtemps, deviennent fréquentes. Paris même, si près de vous, n'en est pas exempt. Les magistrats sont contraints de tolérer l'insolence des mutins, et de faire couler sous main quelque monnaie pour les apaiser ; ainsi on paye ceux qu'il faudrait punir. Vous êtes réduit à la honteuse et déplorable extrémité, ou de laisser la sédition impunie et de l'accroître par cette impunité, ou de faire massacrer avec inhumanité des peuples que vous mettez au désespoir en leur arrachant, par vos impôts pour cette guerre, le pain qu'ils tâchent de gagner à la sueur de leurs visages.

1 - la sédition : le soulèvement contre l'autorité.
2 - les émotions : les révoltes.

 

Texte C : Victor Hugo, Discours à l'Assemblée, 30 juin 1850.

  Figurez-vous ces caves dont rien de ce que je vous ai dit ne peut donner l'idée ; figurez-vous ces cours qu'ils appellent des courettes, resserrées entre de hautes masures, sombres, humides, glaciales, méphitiques1, pleines de miasmes stagnants1, encombrées d'immondices, les fosses d'aisance à côté des puits !
  Hé mon Dieu ! ce n'est pas le moment de chercher des délicatesses de langage !
  Figurez-vous ces maisons, ces masures habitées du haut en bas, jusque sous terre, les eaux croupissantes filtrant à travers les pavés dans ces tanières où il y a des créatures humaines. Quelquefois jusqu'à dix familles dans une masure, jusqu'à dix personnes dans une chambre, jusqu'à cinq ou six dans un lit, les âges et les sexes mêlés, les greniers aussi hideux que les caves, des galetas2 où il entre assez de froid pour grelotter et pas assez d'air pour respirer !
  Je demandais à une femme de la rue du Bois-Saint-Sauveur : pourquoi n'ouvrez-vous pas les fenêtres ? - elle m'a répondu : - parce que les châssis sont pourris et qu'ils nous resteraient dans les mains. J'ai insisté : - vous ne les ouvrez-donc jamais ? - Jamais, monsieur !
  Figurez-vous la population maladive et étiolée3, des spectres au seuil des portes, la virilité retardée, la décrépitude précoce, des adolescents qu'on prend pour des enfants, de jeunes mères qu'on prend pour de vieilles femmes, les scrofules, le rachis, l'ophtalmie, l'idiotisme4, une indigence inouïe, des haillons partout, on m'a montré comme une curiosité une femme qui avait des boucles d'oreilles d'argent !
  Et au milieu de tout cela le travail sans relâche, le travail acharné, pas assez d'heures de sommeil, le travail de l'homme, le travail de la femme, le travail de l'âge mûr, le travail de la vieillesse, le travail de l'enfance, le travail de l'infirme, et souvent pas de pain, et souvent pas de feu, et cette femme aveugle, entre ses deux enfants dont l'un est mort et l'autre va mourir, et ce filetier5 phtisique6 agonisant, et cette mère épileptique qui a trois enfants et qui gagne trois sous par jour ! Figurez-vous tout cela et si vous vous récriez, et si vous doutez, et si vous niez...
  Ah ! Vous niez ! Eh bien, dérangez-vous quelques heures, venez avec nous, incrédules, et nous vous ferons voir de vos yeux, toucher de vos mains, les plaies, les plaies saignantes de ce Christ7 qu'on appelle le peuple !

1 - méphitiques, pleines de miasmes stagnants : malsaines.
2 - des galetas : pièces insalubres.
3 - étiolée : affaiblie.
4 - les scrofules, le rachis, l'ophtalmie, l'idiotisme : maladies dues à de mauvaises conditions de vie.
5 - filetier : artisan qui confectionne des filets de pêche.
6 - la phtisie est une maladie mortelle qui s'attaque aux poumons et qui a fait des ravages au XIXe siècle et au début du XXe.
7 - les plaies saignantes de ce Christ : expression métaphorique.

 

Texte D : Arthur Rimbaud, Poésies, « Les Effarés », édition posthume de 1895 (texte composé en 1870).

            Les Effarés1

Noirs dans la neige et dans la brume,
   Au grand soupirail qui s'allume,
        Leurs culs en rond

A genoux, cinq petits - misère ! -
   Regardent le boulanger faire
       Le lourd pain blond...

Ils voient le fort bras blanc qui tourne
   La pâte grise, et qui l'enfourne
      Dans un trou clair

Ils écoutent le bon pain cuire.
   Le boulanger au gras sourire
      Grogne un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge,
   Au souffle du soupirail rouge,
      Chaud comme un sein.

Quand, pour quelque médianoche2,
   Façonné comme une brioche
      On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées,
   Chantent les croûtes parfumées,
      Et les grillons,

Que ce trou chaud souffle la vie,
   Ils ont leur âme si ravie
      Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
   Les pauvres Jésus3 pleins de givre !
      - Qu'ils sont là, tous,

Collant leurs petits museaux roses
   Au treillage, grognant des choses
      Entre les trous,

Tout bêtes, faisant leurs prières
   Et repliés vers ces lumières
      Du ciel rouvert,

Si fort, qu'ils crèvent leur culotte,
   Et que leur chemise tremblote
      Au vent d'hiver...

1- Effaré : signifie à la fois étonné, inquiet et « sauvage » au sens de timide, qui s'enfuit dès qu'on le remarque (du latin fera, bête sauvage).
2 - médianoche : repas copieux que l'on prend au milieu de la nuit.
3 - Les pauvres Jésus : expression imagée pour désigner les enfants innocents et fragiles.

 

Texte E : Emile Zola, L'Assommoir, 1877.

   Au milieu de cette existence enragée par la misère, Gervaise souffrait encore des faims qu'elle entendait râler autour d'elle. Ce coin de la maison était le coin des pouilleux, où trois ou quatre ménages semblaient s'être donné le mot pour ne pas avoir du pain tous les jours. Les portes avaient beau s'ouvrir, elles ne lâchaient guère souvent des odeurs de cuisine. Le long du corridor, il y avait un silence de crevaison, et les murs sonnaient creux, comme des ventres vides. Par moments, des danses s'élevaient1, des larmes de femmes, des plaintes de mioches affamés, des familles qui se mangeaient pour tromper leur estomac. On était là dans une crampe au gosier générale, bâillant par toutes ces bouches tendues ; et les poitrines se creusaient, rien qu'à respirer cet air, où les moucherons eux-mêmes n'auraient pas pu vivre, faute de nourriture. Mais la grande pitié de Gervaise était surtout le père Bru, dans son trou, sous le petit escalier. Il s'y retirait comme une marmotte, s'y mettait en boule, pour avoir moins froid ; il restait des journées sans bouger, sur un tas de paille. La faim ne le faisait même plus sortir, car c'était bien inutile d'aller gagner dehors de l'appétit, lorsque personne ne l'avait invité en ville. Quand il ne reparaissait pas de trois ou quatre jours, les voisins poussaient sa porte, regardaient s'il n'était pas fini. Non, il vivait quand même, pas beaucoup, mais un peu, d'un œil seulement ; jusqu'à la mort qui l'oubliait ! Gervaise, dès qu'elle avait du pain, lui jetait des croûtes. Si elle devenait mauvaise et détestait les hommes, à cause de son mari, elle plaignait toujours bien sincèrement les animaux ; et le père Bru, ce pauvre vieux, qu'on laissait crever, parce qu'il ne pouvait plus tenir un outil, était comme un chien pour elle, une bête hors de service, dont les équarrisseurs2 ne voulaient même pas acheter la peau ni la graisse. Elle en gardait un poids sur le cœur, de le savoir continuellement là, de l'autre côté du corridor, abandonné de Dieu et des hommes, se nourrissant uniquement de lui-même, retournant à la taille d'un enfant, ratatiné et desséché à la manière des oranges qui se racornissent sur les cheminées.

1 - des danses s'élevaient : des coups étaient donnés (expression familière).
2 - équarrisseurs : personnes qui traitent les cadavres d'animaux non utilisés en boucherie.

 



I- Après avoir pris connaissance de l'ensemble des textes, vous répondrez d'abord â la question suivante (4 points) :

Identifiez dans l'ensemble du corpus quatre procédés argumentatifs et dites en quoi ils sont efficaces pour dénoncer la misère du peuple.

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :

·         Commentaire (voir la fiche)
Vous commenterez le texte de Zola (texte E).

·         Dissertation (voir la fiche)
  « Eh bien, dérangez-vous quelques heures, venez avec nous, incrédules, et nous vous ferons voir de vos yeux, toucher de vos mains, les plaies [...] » (extrait du texte de Hugo).
  Vous montrerez en quoi l'écriture littéraire sous toutes ses formes est particulièrement apte à dénoncer les problèmes de la société.
  Vous utiliserez pour cela les textes du corpus, ceux que vous avez étudiés en classe et vos lectures personnelles.

·         Invention (voir la fiche)
Vous avez été témoin, dans votre propre commune, d'une scène proche de celle que décrit Rimbaud dans «Les Effarés». Vous la racontez dans une lettre à un élu local pour lui faire part de vos émotions et l'inciter à agir.

 


jeudi, juin 19 2008

L'oral du bac de français

I. L'exposé

I.1 Les révisions

  • Connaître les textes de manière structurée : le contexte (date, oeuvre, auteur etc.), la structure, les thèmes, les particularités stylistiques, les principaux axes d'étude (ceux que vous avez dans votre cours). Pour faciliter la mémorisation, on peut regrouper dans une fiche, ou surligner dans votre cours, les éléments essentiels de la lecteure analytique .On sait qu'une fiche est bonne quand, à partir de cette fiche, on arrive à refaire toute l'analyse détaillée.
  • Sur chaque texte, on peut s'entraîner à organiser un plan en fonction de différentes questions (voir votre cours). Si vous avez la possibilité de réviser à plusieurs, n'hésitez pas à faire vos exposés entre vous, c'est de loin la meilleure méthode pour se rôder à l'exercice.
  • S'entraîner à lire les textes à haute voix.

I.2 La préparation (exposé + entretien = 40 mn)

  • Analyser la question posée et surtout la mettre en rapport avec vos connaissances du texte. Vous devriez normalement y retrouvez une problématique connue, ce qui permet d'être sûr de bien comprendre la question. Repérer si la question ne laisse pas apparaître, explicitement ou implicitement, deux axes d'étude qui corresponderont au plan attendu.
  • Préparer un plan détaillé

Introduction : présentation du texte (titre, oeuvre, auteur, époque...) / résumer le propos du texte en une phrase / Replacer la question posée / présenter les axes de lecture.

Développement : on applique la même rigueur que pour le commentaire composé : Citation(s) / Analyse de la (des) citation(s) / Interprétation.

Conclusion : Bilan de ce qui est démontré à travers le développement et qui sert à répondre à la question posée. Ouverture vers l'auteur, l'oeuvre complète, l'objet d'étude, le genre etc. Cette ouverture peut être reprise par l'examinateur et devenir l'un des thèmes de l'entretien à suivre.    

Les transitions : plus qu'à l'écrit, on doit bien marquer les transitions (une phrase que je conseille de rédiger au brouillon) pour que l'examinateur puisse suivre votre raisonnement. 

  • S'organiser pour retrouver facilement les citations (en surlignant les passages concernés dans le texte).

I.3 Le déroulement

  • S'exprimer clairement
  • Utiliser le vocabulaire de l'analyse littéraire
  • Faire attention à bien utiliser les notions de base (registres, genres, types de texte, figures de styles)
  • En cas de faute de langue, rectifiez immédiatement.
  • Respecter la durée impartie de 10 mn (entre 9 et 11 mn). Mais si vous vous rendez compte que votre exposé est un peu long, n'allez pas non plus en bâcler la fin pour être dans les temps.



II. L'entretien

II.1 Les révisions

L'examinateur devra s'attacher à mettre le candidat en situation de dialogue. Il peut l'amener d'abord à revenir sur quelques points de son explication, sans toutefois procéder à une reprise systématique. Ensuite, il en vient très rapidement à un échange plus large, qui s'inscrit dans les perspectives ouvertes par le texte. C'est l'occasion d'inviter le candidat à préciser son propos à approfondir sa réflexion. C'est aussi l'occasion d'apprécier dans quelle mesure il est capable de replacer le texte dans le cadre de l'oeuvre ou du groupement, de lui offrir la possibilité de montrer qu'il s'est intéressé au thème ou à la problématique du groupement, à l'oeuvre, à son auteur, au genre auquel elle appartient, au contexte historique, culturel, artistique... 

(instructions officielles)

Il s'agit donc d'envisager les élargissements possibles à partir du texte étudié et ce dans trois directions :

  • - vers l'auteur, l'œuvre complète ou le groupement de textes. Replacer le texte dans l'oeuvre ou au sein du groupement; il s'agit de montrer que l'oeuvre ou le groupement est correctement maîtrisé.
  • - vers l'objet d'étude. Situer le texte par rapport à une problématique (celle qui figure sur votre fiche pour l'examen), un genre littéraire (poésie, théâtre, le biographique), des savoirs littéraires, historiques ou esthétiques (en fonction de ce qui figure sur votre fiche pour l'examen). 
  • - vers une réflexion personnelle. Manifester de l'intérêt, l'expliciter, ou justifier son manque d'intérêt; le candidat est capable de mobiliser ses savoirs et ses lectures.
Pour résumer, vous avez 5 objets d'étude, donc 5 grands types d'entretien à préparer. Puis prendre en compte la spécificité de chaque texte (notamment les connaisances sur chaque auteur). Vous pouvez vous entraîner à partir de chaque texte.

II.2 La préparation

A partir du texte, prévoyez les pistes possibles : l'auteur, l'oeuvre complète, le groupement de textes, l'objet d'étude etc.

II.3 Le déroulement

Dans la seconde partie de l'épreuve, l'entretien, guidé par l'examinateur, permet d'évaluer la capacité du candidat à dialoguer, expliciter les questions posées, réinvestir ses connaissances en établissant des rapports et des comparaisons entre le texte étudié et l'un des autres éléments proposés, sans qu'il lui soit pour autant demandé d'établir des analyses exhaustives.

(instructions officielles)

  • C'est le bon moment pour réinvestir ses connaisances ( par ex. mettre en perspective un texte avec un mouvement littéraire, et du coup être amené à expliquer ce mouvement littéraire etc.)
  • Truc :  Ne pas répondre forcément "du tac-au-tac". On peut prendre quelques secondes pour organiser la réponse que l'on va donner.
  • S'exprimer clairement et surtout continuer à adopter un discours construit. Ce n'est pas parce que c'est un entretien, qu'on peut pour autant se "relâcher". Donc, on peut continuer à utiliser des fomule d'introduction et des connecteurs logiques ( Dans un premier temps, on peut considérer que... Cependant, De plus, Qui plus est, D'ailleurs etc. )


Bon courage,