Bac [ch] annales

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Balise - Convaincre persuader délibérer

Fil des billets

mercredi, janvier 28 2009

Bac français - Invention - Vous avez été témoin, dans votre propre commune, d'une scène proche de celle que décrit Rimbaud


Invention

Texte D : Arthur Rimbaud, Poésies, « Les Effarés », édition posthume de 1895 (texte composé en 1870).

            Les Effarés1

Noirs dans la neige et dans la brume,
   Au grand soupirail qui s'allume,
        Leurs culs en rond

A genoux, cinq petits - misère ! -
   Regardent le boulanger faire
       Le lourd pain blond...

Ils voient le fort bras blanc qui tourne
   La pâte grise, et qui l'enfourne
      Dans un trou clair

Ils écoutent le bon pain cuire.
   Le boulanger au gras sourire
      Grogne un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge,
   Au souffle du soupirail rouge,
      Chaud comme un sein.

Quand, pour quelque médianoche2,
   Façonné comme une brioche
      On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées,
   Chantent les croûtes parfumées,
      Et les grillons,

Que ce trou chaud souffle la vie,
   Ils ont leur âme si ravie
      Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
   Les pauvres Jésus3 pleins de givre !
      - Qu'ils sont là, tous,

Collant leurs petits museaux roses
   Au treillage, grognant des choses
      Entre les trous,

Tout bêtes, faisant leurs prières
   Et repliés vers ces lumières
      Du ciel rouvert,

Si fort, qu'ils crèvent leur culotte,
   Et que leur chemise tremblote
      Au vent d'hiver...

1- Effaré : signifie à la fois étonné, inquiet et « sauvage » au sens de timide, qui s'enfuit dès qu'on le remarque (du latin fera, bête sauvage).
2 - médianoche : repas copieux que l'on prend au milieu de la nuit.
3 - Les pauvres Jésus : expression imagée pour désigner les enfants innocents et fragiles.



Vous avez été témoin, dans votre propre commune, d'une scène proche de celle que décrit Rimbaud dans «Les Effarés». Vous la racontez dans une lettre à un élu local pour lui faire part de vos émotions et l'inciter à agir.

[voir le sujet d'annales complet]

Le travail préparatoire

L’objectif sera de dégager les éléments principaux sur lesquels vont s’appuyer l'écriture d'invention.

  • Forme : lettre. 
  • Type de texte : narratif mais surtout argumentatif.
  • Registre : en fonction du ton choisi (polémique, pathétique...)
  • Enonciation : "je" narrateur. Bien prendre en compte le lecteur de cette lettre, "un élu local" (à préciser dans votre devoir). Puisqu'il faut "l'inciter à agir", votre texte devra viser l'efficacité, que ce soient les arguments présentés, le ton choisi, la structure de votre texte, les moyens littéraires utilisés.
  • Structure : le sujet vous invite à prévoir deux parties. D'une part le récit de la scène ("vous la racontez") en y ajoutant vos sentiments ("vos émotions"). D'autre part, une partie argumentative ("l'inciter à agir").
  • Analyse : "une scène proche de celle que décrit Rimbaud", donc en reprenant des éléments identiques ou similaires à ceux que voici : les enfants la misère, la faim, une boulangerie, l'hiver. Il faut évidemment déplacer le cadre à  notre époque pour garantir la cohérence du récit.
  • Le corpus : on peut s'inspirer du discours de Hugo, mais également de la lettre de Fénelon. Enfin,  vous pouvez puiser dans les procédés argumentatifs mis à jour dans la question préliminaire.
Voici quelques pistes à approfondir et qui peuvent conduire à cadrer votre travail. Pour la suite, je vous renvoie à la fiche méthode « sujet d'invention ».

Bon courage,

Dissertation - Vous montrerez en quoi l'écriture littéraire sous toutes ses formes est particulièrement apte à dénoncer les problèmes de la société

Dissertation

« Eh bien, dérangez-vous quelques heures, venez avec nous, incrédules, et nous vous ferons voir de vos yeux, toucher de vos mains, les plaies [...] »
(extrait du texte de Hugo).
  Vous montrerez en quoi l'écriture littéraire sous toutes ses formes est particulièrement apte à dénoncer les problèmes de la société.
  Vous utiliserez pour cela les textes du corpus, ceux que vous avez étudiés en classe et vos lectures personnelles.

[voir le sujet d'annales complet]

Le travail préparatoire

L’objectif sera de dégager les éléments principaux sur lesquels vont s’appuyer la dissertation.

  • Le type de sujet : Le sujet suscite le commentaire et l'illustration d'une citation. Ici, la citation accompagnant le sujet peut sembler n'être qu'une illustration ; c'est le cas, mais elle offre un exemple de littérature engagée qu'il faudra absolument analyser dans votre dissertation.  
  • Analyse : "écriture littéraire" = on peut se demander ce qu'est un écrit non littéraire ; ainsi, et par contraste, on comprendra mieux les spécificités des textes littéraires, en fonction des particularités induites par le genre auquel ils se rattachent. Quels éléments sont particulièrement exploités dans un écrit littéraire ? "dénoncer les problèmes de la société" = il s'agit donc de littérature engagée, on peut alors parcourir l'histoire littéraire pour y dénicher des exemples de combats menés (Les Lumières, les luttes sociales, dénonciation de la guerre, les utopies...). "apte à" = donc l'aptitude, les moyens littéraires, sans préjuger de leur efficacité. "sous toutes ses formes" = afin de parfaire le panel, un petit tour du côté de votre cours s'impose (essai, dialogue, apologue, lettre etc.). On réfléchira à la problématique du sujet pour chacun. Enfin, un filtre intéressant sera de mesurer chacune des postures d'argumentation, et notamment, "convaincre", "persuader" : quels moyens se donnent-elles ? Rappel : "convaincre", c'est utiliser une argumentation logique, raisonnée ; "persuader", c'est faire appel aux ressorts des sentiments.   
  • Le corpus : la question préliminaire doit vous donner quelques bons exemples à réinvestir. Plus généralement, on repérera les spécificités des différents textes (une lettre, un discours, un poème, un extrait de roman).
Voici quelques pistes à approfondir et qui peuvent conduire à établir une problématique. Pour la suite, je vous renvoie à la fiche méthode Dissertation.

Bon courage,

EAF - Commentaire composé - extrait de " L'Assommoir", Emile Zola

Texte E : Emile Zola, L'Assommoir, 1877.

   Au milieu de cette existence enragée par la misère, Gervaise souffrait encore des faims qu'elle entendait râler autour d'elle. Ce coin de la maison était le coin des pouilleux, où trois ou quatre ménages semblaient s'être donné le mot pour ne pas avoir du pain tous les jours. Les portes avaient beau s'ouvrir, elles ne lâchaient guère souvent des odeurs de cuisine. Le long du corridor, il y avait un silence de crevaison, et les murs sonnaient creux, comme des ventres vides. Par moments, des danses s'élevaient1, des larmes de femmes, des plaintes de mioches affamés, des familles qui se mangeaient pour tromper leur estomac. On était là dans une crampe au gosier générale, bâillant par toutes ces bouches tendues ; et les poitrines se creusaient, rien qu'à respirer cet air, où les moucherons eux-mêmes n'auraient pas pu vivre, faute de nourriture. Mais la grande pitié de Gervaise était surtout le père Bru, dans son trou, sous le petit escalier. Il s'y retirait comme une marmotte, s'y mettait en boule, pour avoir moins froid ; il restait des journées sans bouger, sur un tas de paille. La faim ne le faisait même plus sortir, car c'était bien inutile d'aller gagner dehors de l'appétit, lorsque personne ne l'avait invité en ville. Quand il ne reparaissait pas de trois ou quatre jours, les voisins poussaient sa porte, regardaient s'il n'était pas fini. Non, il vivait quand même, pas beaucoup, mais un peu, d'un œil seulement ; jusqu'à la mort qui l'oubliait ! Gervaise, dès qu'elle avait du pain, lui jetait des croûtes. Si elle devenait mauvaise et détestait les hommes, à cause de son mari, elle plaignait toujours bien sincèrement les animaux ; et le père Bru, ce pauvre vieux, qu'on laissait crever, parce qu'il ne pouvait plus tenir un outil, était comme un chien pour elle, une bête hors de service, dont les équarrisseurs2 ne voulaient même pas acheter la peau ni la graisse. Elle en gardait un poids sur le cœur, de le savoir continuellement là, de l'autre côté du corridor, abandonné de Dieu et des hommes, se nourrissant uniquement de lui-même, retournant à la taille d'un enfant, ratatiné et desséché à la manière des oranges qui se racornissent sur les cheminées.

1 - des danses s'élevaient : des coups étaient donnés (expression familière).
2 - équarrisseurs : personnes qui traitent les cadavres d'animaux non utilisés en boucherie.


Commentaire

Vous commenterez le texte de Zola (texte E).

[voir le sujet d'annales complet]

La carte d'identité du texte

L’objectif sera de dégager les éléments principaux sur lesquels vont s’appuyer le commentaire.

  • Le genre : roman.  
  • Type de texte : descriptif, voire argumentatif (suppose une thèse, une opinion défendue).
  • Enonciation : Narrateur externe, focalisation interne sur Gervaise. 
  • Contexte : 1877, roman réaliste. La littérature y illustre la condition sociale contemporaine des auteurs, ce qui est très présent dans l'oeuvre de Zola. Ici, il s'agit de la misère. On peut affiner le paysage de cette époque à travers la lecture du poème de Rimbaud et le discours de V.Hugo.
  • Thèmes : la misère, la pauvreté, la faim, le portrait du Père Bru.
  • Registre dominant : pathétique.       
  • Séquence de l’année à laquelle renvoie ce texte : « Le roman et ses personnages, visions de l'homme et du monde ». Mais surtout "Convaincre, persuader, délibérer". On vous invite donc à réfléchir sur ce que le texte cherche à démontrer à travers ces descriptions et quels moyens se donne-t-il pour y parvenir.   
  • Structure : On peut noter deux parties distinctes, toutes deux guidées par les impressions de Gervaise.   
  • La question préliminaire : celle-ci doit vous livrer un procédé argumentatif.
Voici quelques pistes à approfondir et qui peuvent conduire à établir des axes de lecture et une problématique. Pour l'analyse détaillée, je vous renvoie à la fiche méthode « Commentaire composé ».

Bon courage,

EAF 2007 Centres étrangers - Série ES/S


2007 CENTRES ÉTRANGERS
SÉRIE ES /S

 

Objet d'étude : Convaincre, persuader, délibérer.

Textes : 

Texte A : La Bruyère, Caractères, « De l'homme », XI, n° 128, 1688.
Texte B : Fénelon, Lettre à Louis XIV, 1693.
Texte C : Victor Hugo, Discours à l'Assemblée, 30 juin 1850.
Texte D : Arthur Rimbaud, Poésies, « Les Effarés », édition posthume de 1895 (texte composé en 1870).
Texte E : Emile Zola, L'Assommoir, 1877.

 

Texte A : La Bruyère, Caractères, « De l'homme », XI, n° 128, 1688.

   L'on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés du soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible ; ils ont comme une voix articulée, et quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine, et en effet ils sont des hommes ; ils se retirent la nuit dans des tanières où ils vivent de pain noir, d'eau et de racine : ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer de ce pain qu'ils ont semé.

 

TEXTE B - Fénelon, Lettre à Louis XIV, 1693.

  Le peuple même (il faut tout dire), qui vous a tant aimé, qui a eu tant de confiance en vous, commence à perdre l'amitié, la confiance, et même le respect. Vos victoires et vos conquêtes ne le réjouissent plus ; il est plein d'aigreur et de désespoir. La sédition1 s'allume peu à peu de toutes parts. Ils croient que vous n'avez aucune pitié de leurs maux, que vous n'aimez que votre autorité et votre gloire. Si le roi, dit-on, avait un cœur de père pour son peuple, ne mettrait-il pas plutôt sa gloire à leur donner du pain, et à les faire respirer après tant de maux, qu'à garder quelques places de la frontière, qui causent la guerre ? Quelle réponse à cela, Sire ? Les émotions2 populaires, qui étaient inconnues depuis si longtemps, deviennent fréquentes. Paris même, si près de vous, n'en est pas exempt. Les magistrats sont contraints de tolérer l'insolence des mutins, et de faire couler sous main quelque monnaie pour les apaiser ; ainsi on paye ceux qu'il faudrait punir. Vous êtes réduit à la honteuse et déplorable extrémité, ou de laisser la sédition impunie et de l'accroître par cette impunité, ou de faire massacrer avec inhumanité des peuples que vous mettez au désespoir en leur arrachant, par vos impôts pour cette guerre, le pain qu'ils tâchent de gagner à la sueur de leurs visages.

1 - la sédition : le soulèvement contre l'autorité.
2 - les émotions : les révoltes.

 

Texte C : Victor Hugo, Discours à l'Assemblée, 30 juin 1850.

  Figurez-vous ces caves dont rien de ce que je vous ai dit ne peut donner l'idée ; figurez-vous ces cours qu'ils appellent des courettes, resserrées entre de hautes masures, sombres, humides, glaciales, méphitiques1, pleines de miasmes stagnants1, encombrées d'immondices, les fosses d'aisance à côté des puits !
  Hé mon Dieu ! ce n'est pas le moment de chercher des délicatesses de langage !
  Figurez-vous ces maisons, ces masures habitées du haut en bas, jusque sous terre, les eaux croupissantes filtrant à travers les pavés dans ces tanières où il y a des créatures humaines. Quelquefois jusqu'à dix familles dans une masure, jusqu'à dix personnes dans une chambre, jusqu'à cinq ou six dans un lit, les âges et les sexes mêlés, les greniers aussi hideux que les caves, des galetas2 où il entre assez de froid pour grelotter et pas assez d'air pour respirer !
  Je demandais à une femme de la rue du Bois-Saint-Sauveur : pourquoi n'ouvrez-vous pas les fenêtres ? - elle m'a répondu : - parce que les châssis sont pourris et qu'ils nous resteraient dans les mains. J'ai insisté : - vous ne les ouvrez-donc jamais ? - Jamais, monsieur !
  Figurez-vous la population maladive et étiolée3, des spectres au seuil des portes, la virilité retardée, la décrépitude précoce, des adolescents qu'on prend pour des enfants, de jeunes mères qu'on prend pour de vieilles femmes, les scrofules, le rachis, l'ophtalmie, l'idiotisme4, une indigence inouïe, des haillons partout, on m'a montré comme une curiosité une femme qui avait des boucles d'oreilles d'argent !
  Et au milieu de tout cela le travail sans relâche, le travail acharné, pas assez d'heures de sommeil, le travail de l'homme, le travail de la femme, le travail de l'âge mûr, le travail de la vieillesse, le travail de l'enfance, le travail de l'infirme, et souvent pas de pain, et souvent pas de feu, et cette femme aveugle, entre ses deux enfants dont l'un est mort et l'autre va mourir, et ce filetier5 phtisique6 agonisant, et cette mère épileptique qui a trois enfants et qui gagne trois sous par jour ! Figurez-vous tout cela et si vous vous récriez, et si vous doutez, et si vous niez...
  Ah ! Vous niez ! Eh bien, dérangez-vous quelques heures, venez avec nous, incrédules, et nous vous ferons voir de vos yeux, toucher de vos mains, les plaies, les plaies saignantes de ce Christ7 qu'on appelle le peuple !

1 - méphitiques, pleines de miasmes stagnants : malsaines.
2 - des galetas : pièces insalubres.
3 - étiolée : affaiblie.
4 - les scrofules, le rachis, l'ophtalmie, l'idiotisme : maladies dues à de mauvaises conditions de vie.
5 - filetier : artisan qui confectionne des filets de pêche.
6 - la phtisie est une maladie mortelle qui s'attaque aux poumons et qui a fait des ravages au XIXe siècle et au début du XXe.
7 - les plaies saignantes de ce Christ : expression métaphorique.

 

Texte D : Arthur Rimbaud, Poésies, « Les Effarés », édition posthume de 1895 (texte composé en 1870).

            Les Effarés1

Noirs dans la neige et dans la brume,
   Au grand soupirail qui s'allume,
        Leurs culs en rond

A genoux, cinq petits - misère ! -
   Regardent le boulanger faire
       Le lourd pain blond...

Ils voient le fort bras blanc qui tourne
   La pâte grise, et qui l'enfourne
      Dans un trou clair

Ils écoutent le bon pain cuire.
   Le boulanger au gras sourire
      Grogne un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge,
   Au souffle du soupirail rouge,
      Chaud comme un sein.

Quand, pour quelque médianoche2,
   Façonné comme une brioche
      On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées,
   Chantent les croûtes parfumées,
      Et les grillons,

Que ce trou chaud souffle la vie,
   Ils ont leur âme si ravie
      Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
   Les pauvres Jésus3 pleins de givre !
      - Qu'ils sont là, tous,

Collant leurs petits museaux roses
   Au treillage, grognant des choses
      Entre les trous,

Tout bêtes, faisant leurs prières
   Et repliés vers ces lumières
      Du ciel rouvert,

Si fort, qu'ils crèvent leur culotte,
   Et que leur chemise tremblote
      Au vent d'hiver...

1- Effaré : signifie à la fois étonné, inquiet et « sauvage » au sens de timide, qui s'enfuit dès qu'on le remarque (du latin fera, bête sauvage).
2 - médianoche : repas copieux que l'on prend au milieu de la nuit.
3 - Les pauvres Jésus : expression imagée pour désigner les enfants innocents et fragiles.

 

Texte E : Emile Zola, L'Assommoir, 1877.

   Au milieu de cette existence enragée par la misère, Gervaise souffrait encore des faims qu'elle entendait râler autour d'elle. Ce coin de la maison était le coin des pouilleux, où trois ou quatre ménages semblaient s'être donné le mot pour ne pas avoir du pain tous les jours. Les portes avaient beau s'ouvrir, elles ne lâchaient guère souvent des odeurs de cuisine. Le long du corridor, il y avait un silence de crevaison, et les murs sonnaient creux, comme des ventres vides. Par moments, des danses s'élevaient1, des larmes de femmes, des plaintes de mioches affamés, des familles qui se mangeaient pour tromper leur estomac. On était là dans une crampe au gosier générale, bâillant par toutes ces bouches tendues ; et les poitrines se creusaient, rien qu'à respirer cet air, où les moucherons eux-mêmes n'auraient pas pu vivre, faute de nourriture. Mais la grande pitié de Gervaise était surtout le père Bru, dans son trou, sous le petit escalier. Il s'y retirait comme une marmotte, s'y mettait en boule, pour avoir moins froid ; il restait des journées sans bouger, sur un tas de paille. La faim ne le faisait même plus sortir, car c'était bien inutile d'aller gagner dehors de l'appétit, lorsque personne ne l'avait invité en ville. Quand il ne reparaissait pas de trois ou quatre jours, les voisins poussaient sa porte, regardaient s'il n'était pas fini. Non, il vivait quand même, pas beaucoup, mais un peu, d'un œil seulement ; jusqu'à la mort qui l'oubliait ! Gervaise, dès qu'elle avait du pain, lui jetait des croûtes. Si elle devenait mauvaise et détestait les hommes, à cause de son mari, elle plaignait toujours bien sincèrement les animaux ; et le père Bru, ce pauvre vieux, qu'on laissait crever, parce qu'il ne pouvait plus tenir un outil, était comme un chien pour elle, une bête hors de service, dont les équarrisseurs2 ne voulaient même pas acheter la peau ni la graisse. Elle en gardait un poids sur le cœur, de le savoir continuellement là, de l'autre côté du corridor, abandonné de Dieu et des hommes, se nourrissant uniquement de lui-même, retournant à la taille d'un enfant, ratatiné et desséché à la manière des oranges qui se racornissent sur les cheminées.

1 - des danses s'élevaient : des coups étaient donnés (expression familière).
2 - équarrisseurs : personnes qui traitent les cadavres d'animaux non utilisés en boucherie.

 



I- Après avoir pris connaissance de l'ensemble des textes, vous répondrez d'abord â la question suivante (4 points) :

Identifiez dans l'ensemble du corpus quatre procédés argumentatifs et dites en quoi ils sont efficaces pour dénoncer la misère du peuple.

II. Vous traiterez ensuite, au choix, l'un des sujets suivants (16 points) :

·         Commentaire (voir la fiche)
Vous commenterez le texte de Zola (texte E).

·         Dissertation (voir la fiche)
  « Eh bien, dérangez-vous quelques heures, venez avec nous, incrédules, et nous vous ferons voir de vos yeux, toucher de vos mains, les plaies [...] » (extrait du texte de Hugo).
  Vous montrerez en quoi l'écriture littéraire sous toutes ses formes est particulièrement apte à dénoncer les problèmes de la société.
  Vous utiliserez pour cela les textes du corpus, ceux que vous avez étudiés en classe et vos lectures personnelles.

·         Invention (voir la fiche)
Vous avez été témoin, dans votre propre commune, d'une scène proche de celle que décrit Rimbaud dans «Les Effarés». Vous la racontez dans une lettre à un élu local pour lui faire part de vos émotions et l'inciter à agir.

 


- page 1 de 3