Invention

Texte D : Arthur Rimbaud, Poésies, « Les Effarés », édition posthume de 1895 (texte composé en 1870).

            Les Effarés1

Noirs dans la neige et dans la brume,
   Au grand soupirail qui s'allume,
        Leurs culs en rond

A genoux, cinq petits - misère ! -
   Regardent le boulanger faire
       Le lourd pain blond...

Ils voient le fort bras blanc qui tourne
   La pâte grise, et qui l'enfourne
      Dans un trou clair

Ils écoutent le bon pain cuire.
   Le boulanger au gras sourire
      Grogne un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge,
   Au souffle du soupirail rouge,
      Chaud comme un sein.

Quand, pour quelque médianoche2,
   Façonné comme une brioche
      On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées,
   Chantent les croûtes parfumées,
      Et les grillons,

Que ce trou chaud souffle la vie,
   Ils ont leur âme si ravie
      Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,
   Les pauvres Jésus3 pleins de givre !
      - Qu'ils sont là, tous,

Collant leurs petits museaux roses
   Au treillage, grognant des choses
      Entre les trous,

Tout bêtes, faisant leurs prières
   Et repliés vers ces lumières
      Du ciel rouvert,

Si fort, qu'ils crèvent leur culotte,
   Et que leur chemise tremblote
      Au vent d'hiver...

1- Effaré : signifie à la fois étonné, inquiet et « sauvage » au sens de timide, qui s'enfuit dès qu'on le remarque (du latin fera, bête sauvage).
2 - médianoche : repas copieux que l'on prend au milieu de la nuit.
3 - Les pauvres Jésus : expression imagée pour désigner les enfants innocents et fragiles.



Vous avez été témoin, dans votre propre commune, d'une scène proche de celle que décrit Rimbaud dans «Les Effarés». Vous la racontez dans une lettre à un élu local pour lui faire part de vos émotions et l'inciter à agir.

[voir le sujet d'annales complet]

Le travail préparatoire

L’objectif sera de dégager les éléments principaux sur lesquels vont s’appuyer l'écriture d'invention.

  • Forme : lettre. 
  • Type de texte : narratif mais surtout argumentatif.
  • Registre : en fonction du ton choisi (polémique, pathétique...)
  • Enonciation : "je" narrateur. Bien prendre en compte le lecteur de cette lettre, "un élu local" (à préciser dans votre devoir). Puisqu'il faut "l'inciter à agir", votre texte devra viser l'efficacité, que ce soient les arguments présentés, le ton choisi, la structure de votre texte, les moyens littéraires utilisés.
  • Structure : le sujet vous invite à prévoir deux parties. D'une part le récit de la scène ("vous la racontez") en y ajoutant vos sentiments ("vos émotions"). D'autre part, une partie argumentative ("l'inciter à agir").
  • Analyse : "une scène proche de celle que décrit Rimbaud", donc en reprenant des éléments identiques ou similaires à ceux que voici : les enfants la misère, la faim, une boulangerie, l'hiver. Il faut évidemment déplacer le cadre à  notre époque pour garantir la cohérence du récit.
  • Le corpus : on peut s'inspirer du discours de Hugo, mais également de la lettre de Fénelon. Enfin,  vous pouvez puiser dans les procédés argumentatifs mis à jour dans la question préliminaire.
Voici quelques pistes à approfondir et qui peuvent conduire à cadrer votre travail. Pour la suite, je vous renvoie à la fiche méthode « sujet d'invention ».

Bon courage,